Le glyphosate : une molécule au cœur des débats

Dernière mise à jour: 03.04.20

 

Depuis maintenant quelque temps, l’avenir du glyphosate est retenu entre parenthèses. Il s’agit d’une molécule créée dans les années 70, considérée comme le produit le plus performant pour se débarrasser des mauvaises herbes dans les zones agricoles. Inventée par Monsanto, une firme agrochimique américaine, elle est maintenant sous la lumière des projecteurs du fait qu’elle est suspectée à l’origine du cancer chez l’homme. Ce rapport a été publié par le CIRC ou Centre International de Recherche sur le Cancer en mars 2015. Le débat fait rage et les avis divergent de part et d’autre des agriculteurs et des scientifiques sur ses réels effets ainsi que l’arrêt de sa production et de son usage.

 

Historique du glyphosate

La découverte du glyphosate remonte en 1950. Elle fût réalisée par le chimiste suisse Henri Martin, au cœur du laboratoire Pharmaceutique Cilag. Initialement connu sous le nom N-phosphonomethyl-glycine, la molécule ne trouvait pas encore sa place dans le domaine pharmaceutique. La formule est alors vendue pour d’autres sociétés intéressées pour des phases tests. C’est en 1970 que Monsanto, par l’intermédiaire du Dr John Franz, découvre le potentiel du glyphosate comme étant un herbicide puissant. Le chercheur se lance donc dans des études approfondies sur des composés dérivés. S’ensuivent des résultats concrets sur la suppression des adventices vivaces des champs de culture.

Monsanto breveta par la suite le glyphosate sous le nom de son produit phare : le Roundup®. Sa commercialisation démarre en 1974, en Malaisie puis au Royaume-Uni pour les blés. Aux États-Unis, son usage était seulement prévu pour le désherbage des zones non agricoles. Au fur et à mesure de son utilisation, il a été sollicité pour l’entretien des prérécoltes dans les plantations de céréales et d’oléagineux.

 

 

Une commercialisation massive

Après sa mise en commerce, le Roundup® devient l’herbicide le plus populaire chez les agriculteurs et les propriétaires de champs pour son efficacité. En 1980, il est même classé comme le produit le plus en vendu dans sa catégorie. En ce sens, le chercheur John Franz reçoit l’U.S. National Medal of Technology en 1987.

L’expiration du brevet du glyphosate de Monsanto prit fin en 2000. Depuis, plusieurs sociétés le proposent dans leurs divers dérivés sous une variété de noms, homologués en Europe pour être employés sur des terres cultivées. La molécule est désormais à la portée de tout le monde. De plus, les solutions qui la contiennent sont accessibles à tous les budgets.

 

Primordial pour certains agriculteurs

Le glyphosate reste sollicité par les agriculteurs pour son efficacité indiscutable. Il s’agit d’un produit qui se débarrasse de tout. Il s’emploie notamment pour éliminer les mauvaises herbes, les chardons et les plantes vivaces. Il fait partie des traitements nécessaires pour les récoltes de blés, d’orges, de céréales, et pour d’autres végétaux de ces espèces. Leur culture comporte parfois beaucoup d’adventices qui rendent leur passage au moulin compliqué et souvent pas moins rentable.

Les procédés de son usage restent simples. C’est d’ailleurs ce qui attire le plus certains utilisateurs. Cette solution peut être employée à tout moment, avant, pendant ou après la récolte. La molécule opère comme suit : elle s’installe dans le système central des plantes afin de les détruire de l’intérieur, affirme un scientifique. En d’autres termes, elle ne fait pas de sélection sur le type de végétaux.

 

Des conséquences discutables

Même si la population ne se trouve pas directement concernée à l’exposition face à une pulvérisation du glyphosate, elle reste néanmoins touchée selon les résultats de plusieurs études réalisées par les chercheurs. En effet, d’après leurs constatations comme celle du « Commissariat général au développement durable », le bilan s’est établi sur le fait que les résidus de pesticides et autres substances issues des désherbants et notamment du glyphosate ont été retrouvés dans 53 % des cours d’eau représentatifs. Ils mettent également le point sur le taux significatif de la présence de ces éléments nocifs dans les eaux de surface par rapport aux eaux souterraines.

Des organismes comme plusieurs associations ont effectué des études plus poussées. Ils ont réalisé des recherches sur l’alimentation en basant leurs analyses sur les céréales et les lentilles. Les observations et les résultats ont été constatés sur une trentaine d’échantillons et la moitié contenait du glyphosate. L’association a également étudié des urines sur environ trente sujets. Les individus concernés habitent en zone urbaine et agricole. Les conclusions sont formelles sur 100 % des échantillons, on a retrouvé des résidus de glyphosate.

C’est en mars 2015 que le Circ ou Centre international de recherche sur le cancer se lance sur le sujet. Il affirme que le procédé classé comme herbicide aurait des effets cancérogènes probables chez l’être humain. Contrairement à la race animale qui est exposée au risque d’un cancer, l’homme pourrait rencontrer des dommages au niveau de son métabolisme génétique (ADN) et de ses cellules. Le Circ insiste beaucoup sur cela dans son rapport.

 

 

Un avenir incertain pour le glyphosate

Toutefois, d’après certains médecins, des enquêtes plus poussées devraient être élaborées. Les risques réels du glyphosate même à faible dose restent flous pour les consommateurs. D’une manière générale, la molécule est associée à d’autres composants constituants les désherbants, ce qui occasionnerait probablement, selon les chercheurs, un effet « cocktail ».

De son côté, Monsanto rétorque avec des publications basées sur un documentaire filmé en 1978 par la journaliste Marie-Monique Robin, s’intitulant « Le Roundup face à ses juges ». La firme américaine s’explique sur le fait que le glyphosate ne présente pas un taux de toxicité aussi élevé que la caféine ou le sel.

Si cette « toxicité » de cette solution reste actuellement un débat en cours entre les agences et organisations spécialisées dans le domaine, des alternatives satisfaisantes de remplacement de cette substance ne sont pas encore à jour. Les agriculteurs qui se sont séparés du produit ont vu une baisse considérable de leur rendement. Pour d’autres, ne plus y avoir recours semble pour le moment difficile malgré les mises en garde contre son usage excessif. Et l’on ne peut pas vraiment leur en vouloir.

 

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